lundi 15 décembre 2014

« Il faut toujours un coup de folie pour bâtir un destin. » - Marguerite Yourcenar







J'ai toujours cru au destin comme à une chose abstraite, sans jamais vraiment avoir de preuves. C'est une chose à laquelle je crois depuis que je suis petite fille et un jour, on m'a raconté une histoire. La voici.


Décembre 2010 : 


Je devais rentrer en France pour Noël après avoir passé une année complète sans avoir vu ma famille, c'est dire si j'avais hâte de rentrer. Mon avion devait décoller à 11h ce matin là. Bien emmitouflée à cause de la neige qui tombait non-stop depuis trois semaines, j'étais présente pour enregistrer mes bagages un peu avant 10 heures. Je dit au revoir à A. - la maman chez qui je travaillais à cette époque - avant de m'avancer pour rejoindre mon salon d'embarquement. Après une courte attente, je pris place dans l'avion, impatiente d'enfin reposer le pied sur le sol français et revoir ma famille. A l'heure prévue pour le décollage le moteur de l'avion était toujours éteint et les passagers commencèrent à s'agiter, se posant des questions. Les hôtesses passèrent dans les rangs en nous distribuant des sandwichs et des boissons chaudes sans jamais répondre à nos questions - il était facile de voir qu'elles n'avaient aucune idée de ce qu'il se passait.

Au bout d'une heure, assis en silence dans l'avion à l'arrêt, le commandant de bord nous annonça que l'avion présentait un problème technique qu'ils ne pourraient pas réparer dans l'immédiat et nous invita donc à descendre et voir avec l'aéroport de ce qu'il adviendrait de faire par la suite. Sans grande agitation nous retournâmes tous à l'intérieur de l'aéroport pour nous renseigner. Un employé vint à notre rencontre pour nous expliquer à toute allure ( et en allemand ! ) que pour le moment il n'y avait pas d'avion de prévu mais qu'ils allaient faire leur possible pour nous en trouver un dans la journée. Bien que j'avais déjà passé une année complète dans le pays, mon allemand n'était pas parfait et il me fut difficile de comprendre ce qu'il disait vu la vitesse à laquelle il parlait. Je devais avoir l'air totalement perdu parce qu'une dame assez âgée s'approcha de moi et me dit gentiment qu'il fallait simplement qu'on retourne dans le hall jusqu'à ce qu'ils annoncent notre nouveau vol. Sans rien dire de plus elle me prit par le bras et m'emmena à sa suite. J'imaginais déjà devoir appeler ma mère pour lui annoncer la mauvaise nouvelle : je ne serais pas rentrée pour les fêtes....

Ingrid ( je l'appellerai ainsi, ce sera plus simple pour tout le monde) et moi prîmes un café jusqu'à ce qu'on nous annonce notre nouveau salon d'embarquement. Arrivées là-bas, je m'étais dit qu'elle allait sûrement vouloir s'asseoir de son côté mais non. A ma grande surprise elle s'assit à côté de moi avec un doux sourire. Nous discutâmes de tout et de rien durant une heure. A 14 heures, nous devions monter dans notre nouvelle avion; juste avant l'heure précise il fut annoncé qu'à cause de la neige et du sol gelé, notre vol serait retardé d'une heure.

Ingrid resta silencieuse avant de répondre à un appel. La chose qui me surpris fût qu'elle parlait français. Bien entendu nous parlions français ensemble mais je savais à son accent qu'elle était allemande. Elle reste près de moi durant tout son appel avant de raccrocher avant de me sourire en disant : " C'était mon mari.". Son sourire était tendre et rayonnant et à cet instant je me souviens que la seule pensée qui traversa mon esprit fut " Si je pouvais aimer quelqu'un de cette façon, je serais heureuse."

Je ne lui ai rien répondu - qu'aurais-je pu dire?! - je lui ai simplement rendu son sourire. Elle commença à me poser des questions sur mon travail, la raison de mon séjour. La discussion était facile et fluide, comme si on se connaissait depuis longtemps. Quand j'eus mentionné que je travaillais en temps que fille au pair, elle me raconta son histoire.


Quand elle était âgée de 17 ans, elle avait voyagé à Paris pour travailler elle aussi en tant que fille au pair durant 6 mois. Elle rencontra un jeune homme français dont elle tomba amoureuse. Elle me raconta avec des étoiles dans les yeux qu'elle s'imaginer rester en France avec lui, peut-être même se marier et avoir des enfants. Sauf qu'à cette époque là il n'était pas simple de renouveler un contrat de travail en tant que jeune fille au pair et elle dût rentrer à Hambourg au bout de ses six mois. Ce fut une grande déchirure pour elle et ce jeune homme mais il fallait bien se rendre à l'évidence : ils ne pouvaient pas rester ensemble. Ils s'envoyèrent des lettres durant quelques mois avant de tout arrêter parce qu'ils se rendirent bien compte que ça ne mènerait à rien. Ils ont perdu le contact sans jamais qu'elle ne l'oublie. Après quelques années elle se maria et fut heureuse en mariage durant presque 20 ans. Elle eût trois enfants ( si je me souviens correctement) avant que son mari ne décède. Elle l'avait aimé, bien entendu, mais jamais elle n'avait oublié le jeune homme français. Ses meilleures amies connaissaient l'existence de cet homme et, après qu'elle eut fait son deuil, lui conseillèrent d'essayer de retrouver le jeune français. Il avait toujours été au fond de son esprit. Après des mois elle céda et essaya de le retrouver. Elle se souvenait parfaitement de son nom et de son prénom, alors quand elle trouva l'adresse, elle lui envoya une lettre.

Pour elle, c'était comme jeter une bouteille à la mer, sans espoir de réponse. Quand quelques semaines plus tard elle reçut une réponse de l'homme en question, il lui fallut plusieurs jours avant de l'appeler au numéro qu'il avait gentiment noté dans sa lettre. Ils reprirent contact. Il lui raconta qu'il s'était marié et qu'il avait été heureux en mariage, avec des enfants. Qu'il avait perdu sa femme. A quelques semaines d'intervalles qu'Ingrid avait perdu son mari. Qu'il ne l'avait pas oubliée.

Ils discutèrent régulièrement durant quelques mois avant qu'elle ne se décide à sauter le pas et ne lui rende visite à Paris. Presqu'une trentaine d'années s'étaient écoulées depuis qu'elle l'avait revu pour la dernière mais quand elle croisa à nouveau son regard, elle sut : il avait toujours été et serait toujours l'homme de sa vie.

Avec émotion, elle me confia qu'ils étaient maintenant mariés et qu'elle vivait à Paris avec lui. Elle était venue à Hambourg pour rendre visiter à ses enfants et petits-enfants avant de retourner le retrouver pour les fêtes. Les étoiles dans ses yeux étaient étincelantes et son sourire tendre et rayonnant. Elle aimait cet homme, je le savais rien qu'en l'écoutant me parler de lui.

A 18 heures, on nous annonça finalement qu'un avion nous emmènerait jusqu'à Francfort, d'où nous prendrions une navette régionale pour retourner sur Paris. Nos sièges étaient séparés et nous nous dîmes au revoir juste avant que le moteur ne soit mis en route. A Francfort, deux avions nous attendaient et je n'étais pas dans le même qu'elle. Durant mon vol jusqu'à Paris, je ne faisais que penser à son histoire. A comment elle avait retrouver l'homme de sa vie après trente années. Quelles étaient les probabilités pour qu'elle trouve son adresse? Qu'il soit veuf, lui aussi? Qu'ils se plaisent toujours? Qu'ils s'entendent toujours? Qu'ils retombent amoureux et se marient?!

Une fois en France, je me suis dirigée vers le tapis roulant pour récupérer ma valise quand une main se posa sur mon épaule. Ingrid était là, avec son sourire et me glissa avec timidité : " J'aimerais beaucoup que vous rencontriez mon mari.". Sans hésiter, je dis oui.Une fois ma valise en main, je la suivis jusqu'à la voir rayonner encore plus qu'auparavant et je suivis son regard. Devant nous se tenait un homme aux cheveux blancs, les yeux brillants d'émotion et les bras grand ouverts. Elle s'avança rapidement pour se glisser dans son étreinte et je ne pouvais pas détourner mon regard d'eux. On aurait dit deux adolescents : si remplis de passion et de fougue. Remplis d'amour. Ils étaient maintenant mariés depuis 20 ans quand je les ai rencontrés, mais il semblait que leur amour était tout jeune. Elle recula et me présenta à lui. Il me serra la main et me salua poliment tout en tenant la main d'Ingrid dans la sienne. Il me proposa de me déposer quelque part, si jamais prendre le métro me dérangeait. Une amie devant venir me chercher, je déclinais l'invitation. Nous nous dîmes au revoir à ce moment là. Ils commencèrent à s'éloigner avant qu'Ingrid ne se retourne à nouveau, tenant le bras de son mari, pour me lancer gaiement : " Joyeuses fêtes !".

Je les ai regardé partir avec émerveillement et émotion. Après trente ans elle avait retrouvé son premier amour dans un autre pays. Ce fut la preuve dont j'avais besoin. Depuis je n'en ai jamais démordu : je crois au destin.

Cette histoire fait partie de moi et je voulais la partager avec vous. Bonne fin de journée et prenez bien soin de vous !



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